le cuir bouillie

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Lorsque l’on s’intéresse au travail du cuir dans l’histoire, il est difficile d’ignorer le fameux « cuir bouilli », ses performances remarquables sont soulignées dans plusieurs textes du Moyen Âge.

Ce « cuir bouilli » fût aussi utilisé dans la vie « civile » de tous les jours afin de réaliser des fourreaux et des étuis rigides, ainsi que des coffrets adaptés pour conserver tout objet précieux.

Le cuir est coriace et résistant, il est une matière incontournable depuis les premiers vêtements, les chaussures, beaucoup d’instruments de musique et le précieux parchemin qui fut un formidable vecteur de développement culturel.
Ce « cuir bouilli » est apparemment une matière différente, bien plus dur que le simple cuir, une sorte de « super-cuir » en somme.

  • Au début du Moyen Age, on sait que le cuir avait une multitude d’applications mais il n’existe pas de texte de cette époque sur la fabrication du « cuir bouilli », bien qu’il soit mentionné depuis le début du 12ème siècle.

En France, la technique s’oublia aux alentours de la fin du 17ème siècle. Les raisons sont incertaines, est-ce l’évolution des armes (à feu), la fin d’une mode qui rendit ce matériau obsolète ou une tout autre raison ? La question reste entière…

  • Aux alentours du 18ème siècle, le cuir dit bouilli refait son apparition, à cette époque il est utilisé pour fabriquer des gourdes, des bottes de postillon renforcées, des seaux pour les incendies… Il sert jusque dans l’équipement militaire de la première guerre mondiale pour faire des casques. Mais tous les objets de cette époque récente sont visiblement très différents des réalisations du Moyen Âge. Les cuirs sont très épais, assemblés de coutures grossières et souvent recouverts d’un goudron végétal. La technique utilisée alors n’est probablement plus la même qu’auparavant.
  • De cette technique plus moderne, il existe des recettes pour faire du cuir bouilli (datant du 18 ème siècle) où le cuir est assemblé par couture, puis ramolli dans l’eau chaude ou bouillante, mis en forme sur un moule en deux parties puis le tout est mis à sécher au four. Les objets obtenus de cette façon sont raides et leur surface peut se craqueler, des températures élevées et prolongées détruisent  à coup sûr les fibres du cuir, il devient cassant comme un biscuit.

Cette méthode « moderne » présente un autre inconvénient majeur, exposé à de hautes températures par immersion dans l’eau bouillante, le cuir se rétracte fortement soit environ 1/4 de sa surface. (Lorsque l’on fait cuire un steak, il se passe la même chose, le collagène se rétracte) Il faut donc, lors de la fabrication, tenir compte de cette rétractation pour obtenir un objet aux dimensions correctes. Technique assez hasardeuse car la rétractation n’est pas uniforme et dépend de la partie de images (2)la peau utilisée.

  • Nous pensons qu’il existe un cuir « bouilli » du Moyen Âge et un autre, totalement différent, à partir du 18 ème siècle. Un amalgame s’est crée entre différentes techniques pour parler d’un seul produit.
  • De nos jours, nos amis Anglais ont beaucoup expérimenté sur ce sujet, en se basant sur les recettes du 18ème siècle, tests après immersion dans un liquide bouillant, résistance à la casse, à la torsion… Leurs conclusions sont que le cuir est rendu cassant par cette méthode, donc ce n’est probablement pas cette méthode qui fût employée au Moyen Âge ou alors le cuir dit bouilli est un mythe…

En effet, l’utilisation de cette méthode « brutale » est à exclure pour obtenir des objets résistants aux chocs comme les boucliers et cuirasses, d’une grande finesse et d’une précision extrême pour les boîtes ouvragées.
Pourtant dans les esprits, le cuir bouilli est un cuir vraiment bouilli, ce qui est impossible quand on connaît cette matière si sensible aux excès de température et d’humidité.
Quelques objets fait de ce « cuir bouilli » nous sont parvenus d’un lointain passé, surtout des boîtes magnifiquement travaillées, des petits écrins précieux ou des fourreaux de couteaux. Ils témoignent de la grande technicité des Maîtres artisans du Moyen Âge.

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la gélatine :

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Pour la colle, nous avons utilisé de la colle fabriquée à base de cartilages de porc : la colle forte. De nos jours, cette colle n’est plus disponible sous ce nom mais on peut en trouver au supermarché tout simplement au rayon pâtisserie, en effet la gélatine pour faire des gâteaux est de la colle forte.
J’ai essayé d’autres colles animales : nerf, os, peau … Mais, d’après mes quelques expériences, rien n’égale la colle de gélatine à part l’ichtyocolle (colle de vessie natatoire d’esturgeon). Toutefois le prix de cette dernière colle est si élevée que pour débuter il vaut mieux la simple gélatine pour gâteaux. Déjà que des esturgeons, il y en a de moins en moins…il y a cinq siècles, on en trouvait dans nos fleuves.
 

Passons à la pratique…
Préparation de la colle forte de gélatine : Dans un pot (à confiture), mettre 2 feuilles de gélatine (au besoin les casser) puis ajouter l’eau froide pour couvrir à hauteur. Les feuilles étant très fines, elle gonflent rapidement. Au bout de 2 heures, faire chauffer doucement le pot au bain-marie en remuant. A partir de 23 °C, les fibres de collagène de la gélatine se séparent les unes des autres et on obtient un liquide homogène et transparent. En contrôlant la température avec un thermomètre,  il est maintenant possible de tremper le cuir dans cette colle.

 

Un dégagement de bulles est visible, accompagné d’un bruit d’ébullition. En quelques secondes, le cuir fin est totalement imprégné du liquide, il est flasque et gluant.

Remarque : Il est plausible que, de cette étape où les bulles d’air s’échappent, vienne l’appellation cuir bouilli. Cela ressemble tout à fait à une ébullition mais la température du liquide employé est bien en dessous de 40 °C.

Remarque :  Lors du trempage du cuir la température de la colle ne doit pas dépasser 37 °C sous peine d’abîmer définitivement la structure du cuir. Une température de 32 °C est optimum, plus froid  le liquide pénètre plus lentement dans le cuir.

Voici une image (pour ceux qui ne font pas de pâtisserie) de cette gelée refroidie après chauffage:

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